Ultra Fiord 50k, Patagonia

Depuis que je vis à Santiago, j’ai recensé les différentes courses existantes dans le pays. Le trail étant un beaucoup moins développé qu’en Europe, le choix est largement plus limité. Cependant, avant même de venir à Santiago, cette course nous a tapé dans l’œil à Romain et moi. Une course sauvage, avec des ravitos sommaires, une course où il est impossible d’abandonner car seul le départ et l’arrivée sont accessible en véhicule, et le tout en Patagonie, à deux pas du célèbre Torres Del Paine !… Bref, cette course était faite pour moi 🙂

C’est donc comme ça que ce jeudi 6 avril, je me retrouve à 6h30 du mat dans un bus vers le départ de la course. Le départ sera donné à 9h, le temps est parfait, le soleil se lève juste et le panorama sur la chaine des Torres Del Paine est juste magnifique !

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Vue depuis la ligne de départ, la journée s’annonce belle !

On part donc à un bon rythme, sur une herbe gelée mais avec un ciel dégagé, une absence de vent et un soleil qui s’annonce prometteur. Le rythme du départ est élevé, j’essaie de ne pas me faire entraîner par l’excitation du départ, mais le froid donne envie de se réchauffer en mettant un certain tempo. Les 6 premiers kilomètres sont relativement plats et roulants, sur de l’herbe et de petits sentiers en forêt alternant montées et descentes. Ensuite, vient la première montée franche qui nous amène à un peu plus de 650 mètres d’altitude. Je reste calée derrière un groupe d’espagnol qui font la course en duo. Ils mettent l’ambiance, et j’apprendrai plus tard que c’est un groupe de bloggeur journaliste, faisant un reportage sur la course.

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photo: carrerasdemontana.com, si vous parlez espagnol, leur site vaut le coup 🙂

Après une petite descente, on arrive assez rapidement au premier « ravitaillement », où l’on doit faire signer notre passeport de course. Le ravito se limite à des barres de chocolats, j’en prend une, au cas où…  Je repars toujours derrière les 4 espagnols et je monte tranquillement jusqu’au point le plus haut de la course, à 870 mètres. Là, sortis de la forêt une vue magnifique sur le Torres Del Paine et des autres montagnes environnantes se dégage, c’est magnifique ! Je prends quelques photos et je repars sur ce haut plateau à 800 mètres d’altitude.

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870 m, vue sur les montagnes environnantes

La neige fraîche de la veille est bien présente, et si elle rend la course entre les rochers et les blocs de pierres un brin plus technique, elle rend également le paysage somptueux.

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Début de la partie supérieure et premier lac

Toujours plus ou moins à la hauteur des 4 espagnols, qui s’arrêtent régulièrement pour prendre photos et vidéos, je passe mon temps à m’enthousiasmer sur le paysage avec chaque coureur que je croise. J’arrive après 3 heures de course au check point du 17eme km. Les panoramas sont plus beau les uns que les autres, j’en profite un max, je force pas trop physiquement, je n’ai pas vraiment envie de quitter cet endroit, je n’ai pas envie de descendre de ce paradis.

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Une de mes vues préférées, je serais bien restée là à profiter du paysage encore un peu 🙂

Après quelques photos je me résous tout de même à entamer la descente et à m’engouffrer dans la forêt.  J’arrive assez vite au ravito du km 22, je remplis ma poche à eau, d’eau uniquement, mange quelques biscuit en faisant signer mon passeport de course et je repars. Après quelques km, j’en ai marre, ça fait maintenant près de 10 bornes que j’essaye tant bien que mal de me dépatouiller avec la boue, les racines et les arbres morts à franchir…j’ai envie de courir, mais impossible de courir sur ce terrain, je n’avance pas… je suis frustrée et je passe donc par un gros moment de plein le cul. Il faut dire, pour ma défense, que la veille au briefing, l’enthousiaste qui a fait le briefing m’avait vendu des petits chemins secs relativement roulant où on pourrait se faire plaisir en surfant entre les arbres… De la boue, de la tourbe où l’on s’enfonce et des puits de boue où je m’enfonce jusqu’à la hanche avant d’arriver à en sortir… voilà plutôt le terrain auquel j’ai affaire et ce n’est pas vraiment ce que je considère comme « roulant ». Après avoir mis un peu de musique pour essayer de retrouver la motivation, je me fais rattraper par un des duos espagnols et quelques coureurs, dont une femme en solo, qui me semble jouer la compet. A ce moment là je n’ai aucune idée que je suis bien placée et je ne vois donc pas l’intérêt de se battre pour une place, tout ce que j’aimerais c’est être seule, car quand j’ai la looze je préfère courir seule. Malheureusement, après avoir mangé, je reviens vite sur ce petit groupe qui vient de me dépasser et je me rends compte qu’ils sont un peu lents. Je les dépasse en espérant pouvoir enfin courir un peu seule, malheureusement la nana s’accroche. Je suis grognon et ça m’ennuie de l’avoir sur les talons. Après plusieurs essais pour la laisser passer, elle me dépasse enfin, malheureusement elle ne va pas plus vite que moi et je l’ai tout de même dans le viseur. Mais ça va, le moment de plein le cul passe, le deuil des chemins sec est fait et je commence à apprécier cette foret boueuse, sombre et tortueuse 🙂

On arrive bientôt au dernier ravito, à 13 bornes de l’arrivée. Je sens que j’ai besoin de retrouver un peu la pêche, je me prépare une boisson isotonique dans ma poche à eau et mange une barre de céréale. Un chilien veut me laisser signer mon passeport avant lui, en me disant que moi je joue la compet, alors que lui non. Je lui réponds que je ne pense pas jouer quoi que ce soit. Il me dit qu’il pense que je suis bien placée et que j’ai l’air forte. Il me booste, et pour la première fois, je me dis que du coup je devrais jouer avec cette nana qui est passé juste devant moi au ravito. Je pars donc boostée, mais quelques centaines de mètres plus loin, la looze, j’ai oublié mes bâtons au ravito :(… la mort dans l’âme, je fais demi-tour et après quelques mètres je vois arriver mon pote remonteur de moral, avec mes bâtons !!! Je me retiens de l’embrasser, il est génial ! Je repars, avec la chance de mon côté, je reprends rapidement la nana chilienne, mais je n’ai pas envie de me mettre dans le rouge, je la suis à une vingtaine de mètres. Sans le vouloir, je pense que je lui ai mis la pression, elle se retourne de temps en temps. Après quelques temps en retrait, je profite d’une traversée de rivière pour la dépasser, car la barre de céréale et le Zuko m’ont redonné la patate…son rythme est trop lent. Je pensais me la traîner dans mes pattes, mais à ma grande surprise, elle ne me suit pas. Je sème donc ma nana compétitrice et mon sauveur (de bâton et de moral) assez facilement et sans me mettre du tout dans le rouge. Je suis bien, enfin seule pour quelques temps. Ça ne dure pas car, je rattrape un duo de nana et un chilien. Une des nanas du duo à l’air d’avoir un coup de moins bien, je les encourage et je rigole un peu avec elle en sortant un  » mujeres al poder », sans tenir compte du mec qui en chie également à côté.

On sort enfin de la forêt, et là miracle, on voit une maison au loin, l’arrivée au bord du lac. Il nous reste 3km de terrain herbeux ou courir devient sympa, plus de boue, plus de tourbe, plus de gadoue, le paradis !!!

Après avoir laissé le mec derrière, je rejoints les filles et on s’encourage pour les derniers km. Enfin, la dernière rivière à traverser, elle est large et les photographes sont là, ça sent l’arrivée, quelques centaines de mètres sur un chemin et enfin, l’arrivée !

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A quelques centaines de mètres de l’arrivée !

Il est 17h, le soleil brille, je m’assieds dans l’herbe avec le soleil sur le visage ! Que du bonheur !

On vient m’apporter ma médaille, et m’annoncer que je suis 2e féminine. Donc c’était vrai, je jouais une place sans le savoir ! J’embrasse les filles qui elles aussi finissent deuxième de la course en duo !

UltraFiord50k6medailles

Conclusion

8h06 de course, et malgré un moment de plein le cul, j’en ai des souvenirs plein la tête et j’ai renforcer mon moral dans cette forêt, où malgré une descente générale, on se prend quand même 700 mètre de D+ à coup de mini montées et mini descentes. La gadoue, les rivières et autres arbres à franchir cassent tout le temps le rythme et ça demande donc de sans cesse relancer. Je retiendrai une petite frustration de ne pas avoir eu de réelle descente, moi qui dépasse pas mal de monde plus la descente est raide et technique, cette course ci s’est jouée différemment. J’ai confirmé également le fait que j’aime courir seule, je n’aime pas être dans un groupe qui n’a pas la régularité ou la même vitesse aux mêmes endroits que moi. Je déteste être bloquée par un groupe qui hésite sur une rivière ou un puit de boue. Les fois où je suivais des gens, je l’ai donc fait à distance, pas dans les talons, pour m’éviter ces frustrations.

Sur la course : La course est top, la partie supérieure, la plus technique est juste superbe. La météo a été magnifique, du soleil, pas de vent. Pourtant, il ne faisait pas si chaud. Donc je m’imagine bien quelle aventure cela doit être en cas de vent, neige ou pluie ! Il vaut mieux venir préparé aussi, car finir cette course en 12h voir plus (certains sont arrivé plus de 6h après moi !) doit être dur moralement.

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